Pourquoi la Côte d'Ivoire s'appelle-t-elle Côte d'Ivoire ?
De Nicka·
Voici une question que beaucoup d'enfants se posent en découvrant ce nom sur une carte :
« Pourquoi un pays porte-t-il le nom de l'ivoire ? »
C'est une excellente question. Le nom d'un pays garde souvent la trace du passé. Certains viennent d'un fleuve, d'une montagne, d'un ancien royaume ou d'un mot d'une langue locale. D'autres viennent d'anciennes cartes, du commerce ou de la langue de personnes venues de loin.
Pour comprendre le nom Côte d'Ivoire, il faut regarder le littoral, le commerce et surtout les nombreux peuples qui vivaient sur cette terre bien avant que ce nom n'existe.
Que veut dire « Côte d'Ivoire » ?
Le nom est en français, et il se comprend presque tout seul.
Une côte, c'est le bord de la mer, le littoral. L'ivoire, c'est la matière dure, d'un blanc crémeux, dont sont faites les défenses des éléphants.
« Côte d'Ivoire » veut donc dire « la côte de l'ivoire ». En anglais, on dit « Ivory Coast ».
Un nom venu du littoral
À partir du XVe siècle, des marins portugais ont longé en bateau les côtes de l'Afrique de l'Ouest. Des commerçants d'autres pays européens, dont la France, les ont suivis.
Ces marins n'ont pas « découvert » l'Afrique de l'Ouest. Le littoral était déjà habité par des communautés qui avaient leurs propres noms, leurs langues, leurs chefs et leurs réseaux d'échanges.
En commerçant le long du rivage, les Européens ont souvent désigné les différentes portions de la côte par les marchandises qu'ils cherchaient le plus à y acheter. Par exemple :
- la Côte des Graines, dans l'actuel Liberia, tirait son nom d'une épice, la maniguette, aussi appelée graine de paradis ;
- la Côte de l'Or, dans l'actuel Ghana, devait son nom à l'or ;
- la Côte d'Ivoire, entre les deux, devait son nom à l'ivoire.
Ces noms décrivaient ce que cherchaient les commerçants européens. Ils ne décrivaient pas les personnes qui vivaient là. C'étaient aussi des noms de côtes, et non de pays. Pendant longtemps, les Européens ne connaissaient guère que le rivage.
Pourquoi l'ivoire ?
Pour comprendre ce nom, on peut suivre le chemin qui mène d'un animal à un mot sur une carte :
- Les éléphants font partie depuis longtemps de la faune de cette région.
- Les éléphants ont des défenses, et ces défenses sont en ivoire.
- L'ivoire était très recherché en Europe, et il est devenu l'une des marchandises que les commerçants européens venaient chercher sur cette côte.
- Avec le temps, les cartes et les commerçants européens ont fini par appeler cette portion du littoral la Côte d'Ivoire.

Aujourd'hui, en Côte d'Ivoire, des sources officielles présentent l'éléphant comme l'emblème du pays et le relient à son nom.
L'histoire complète est plus compliquée qu'un seul mot. Le commerce n'était pas facile pour les navires européens : le littoral offrait peu d'abris naturels. Pendant longtemps, les Européens n'ont donc pas pu y installer facilement de comptoirs permanents, et leurs échanges sur cette côte restaient irréguliers.
L'ivoire n'était pas la seule chose que les Européens cherchaient ici. Comme sur une grande partie de la côte ouest-africaine, ce commerce comprenait aussi des Africains réduits en esclavage. C'est une page douloureuse de l'histoire, et il est important de s'en souvenir avec honnêteté.
Avant le nom
Le nom Côte d'Ivoire n'a que quelques siècles. L'histoire de cette terre est bien plus ancienne.
Les archéologues ont trouvé des traces montrant que des humains vivaient ici il y a très longtemps. Au fil des siècles, des communautés ont bâti des villages et des villes, choisi leurs chefs, parlé de nombreuses langues et commercé avec leurs voisins, proches ou lointains.
Au nord, par exemple, la ville de Kong a existé pendant plusieurs siècles et est devenue un grand centre de commerce et de savoir. Plus tard, au centre du pays, la reine Abla Pokou et ses compagnons ont fondé le royaume baoulé.
Ces sociétés ont été façonnées par des dirigeants africains, des migrations, des routes commerciales et des traditions, et non par un nom inscrit sur une carte européenne. Jusqu'au XIXe siècle, les Européens sont restés sur la côte, et la plupart des habitants de l'intérieur avaient peu de contacts avec eux.
Chaque communauté avait aussi ses propres noms pour ses villages, ses rivières et ses terres, dans sa propre langue.
D'un nom de côte à un nom de pays
Pendant longtemps, « Côte d'Ivoire » n'a été qu'un nom européen désignant une partie du rivage.
Au XIXe siècle, la France a signé des traités avec des chefs de la côte et installé des comptoirs, notamment à Assinie et à Grand-Bassam. Plus tard, des explorateurs et des soldats français se sont avancés vers l'intérieur.
En 1893, la France a fait du territoire une colonie, qu'elle a appelée Côte d'Ivoire. Ses frontières, tracées par des gouvernements européens, s'étendaient bien au-delà du littoral, jusqu'à des forêts et des savanes très éloignées du rivage où le nom était né. De nombreuses communautés ont résisté à la domination française.
C'est ainsi qu'un nom né pour désigner une côte est devenu celui d'un territoire beaucoup plus vaste.
Le 7 août 1960, le pays est devenu indépendant. Il a gardé le nom de Côte d'Ivoire, désormais celui d'une nation libre.
Pourquoi dit-on Côte d'Ivoire aujourd'hui ?
En octobre 1985, la Côte d'Ivoire a décidé que son nom ne devait plus être considéré comme une simple description géographique, traduite d'une langue à l'autre. Le pays a demandé aux Nations unies et au reste du monde de dire « Côte d'Ivoire » dans toutes les langues.
C'est pourquoi les Nations unies, ainsi que de nombreux gouvernements et organisations, emploient « Côte d'Ivoire » même en anglais, alors que beaucoup d'anglophones disent encore « Ivory Coast ».
À lire ensuite : Côte d'Ivoire ou Ivory Coast ? Ce que les enfants devraient savoir (à paraître)
Un nom n'est qu'un début
Un nom peut nous apprendre quelque chose sur l'histoire. Il ne peut pas tout nous dire d'un pays ni de ses habitants.
La Côte d'Ivoire compte de nombreuses communautés et de nombreuses langues, ainsi que des traditions artistiques, des cuisines, des musiques, des fêtes et des histoires qu'aucun mot ne saurait contenir à lui seul. Ses traditions textiles suffisent à montrer la diversité du pays, de la toile de Korhogo peinte, au nord, au Kita aux couleurs vives, au sud-est.
Dans Discover Africa Through Its Prints : Côte d'Ivoire, les enfants à partir de 8 ans découvrent dix de ces traditions textiles, apprennent les histoires qui s'y rattachent et colorient eux-mêmes les motifs.
Un nom peut nous apprendre quelque chose sur l'histoire. Pour comprendre un pays, il faut continuer à regarder au-delà de son nom.
Sources
Les informations de cet article ont été vérifiées à partir des sources ci-dessous. Sources en ligne consultées en octobre 2026.
- Organisation des Nations unies, Assemblée générale. Note verbale du 6 novembre 1985 du Représentant permanent de la Côte d'Ivoire auprès de l'ONU, adressée au Secrétaire général. Document A/40/860, 7 novembre 1985.
- Encyclopædia Britannica. « Côte d'Ivoire » (sections historiques) ; « What was Côte d'Ivoire formerly known as? » ; « Grain Coast » ; « Gold Coast ».
- Bibliothèque du Congrès (Library of Congress), Federal Research Division. Côte d'Ivoire: A Country Study, sous la direction de Robert E. Handloff (recherches achevées en 1988 ; 3e édition, 1991).
- Ministère des Eaux et Forêts de Côte d'Ivoire. Communiqué « Présence d'éléphants dans la localité de Toulepleu », octobre 2020 ; Atlas de la faune de Côte d'Ivoire, 2022.
- Agence Ivoirienne de Presse (AIP). Adoption en commission des projets de loi sur la gestion de la faune et la protection des éléphants, 24 avril 2024.
- Fraternité Matin. « Fête nationale de Côte d'Ivoire : Les 5 symboles de la République présentés aux citoyens », août 2020.